Culture
Il est de ces lieux où l’on a plaisir d’entrer par la petite porte. Ce genre de trésor perdu sur lequel on tombe de manière parfaitement aléatoire. On débarque sur le Campo Santa Margherita de manière hasardeuse et on y reste volontairement, heureux d’y être arrivé sans même le vouloir.
La face cachée de la cité
Chaussures lacées, sac à dos harnaché et plan bien étudié, Venise offre un tel florilège de sites à découvrir qu’il vaut mieux être préparé. Après plusieurs heures à sillonner la Sérénissime, il vient comme une envie de stopper sa quête effrénée de lieux à visiter. C’est à ce moment précis que vous arrivez au Campo Santa Margherita.
Ici, vous ne visitez plus Venise, vous la vivez. Le voile délicat, barrière pour les non-initiés, s’envole. Vous vous apprêtez à découvrir la face cachée, le verso secret de la cité des Doges. Rien de spectaculaire à première vue en ce lieu, si ce n’est l’espace ouvert qu’il propose. Comme toute pépite, elle se révèle à ceux qui ont envie de voir.
Histoire et détails d’une place atypique
Le campo ou “champ de foire” se situe dans le sestiere de Dorsoduro, l’un des 6 quartiers historiques de Venise. Son agencement particulier lui vient du comblement, au XIXe siècle, de différents canaux. C’est à l’ancienne église de Sainte Marguerite qu’il doit son nom. Déconsacré en 1810, le bâtiment au nord de la place a été reconverti en salle de conférence pour l’université. C’est là que la visite prend un tournant. Son abside révèle une étrange tête de dragon sculptée. Ce détail architectural, symbole de la martyre, reste l’un des plus discrets et intrigants de la place.
Inséré dans les maisons environnantes, le campo accueille le visiteur loin du tumulte extérieur. En son centre, apparaît la Scuola dei Varotari « École des tanneurs » qui rappelle que le Dorsoduro fut un quartier d’artisans et de bâtisseurs. L’histoire jaillit ici en une myriade de constructions. Palais Renaissance aux fenêtres à triple lancette, puits ancien, plaques et inscriptions que seuls les curieux apercevront. Un parcours initiatique ou une mystique chasse au trésor ? À vous de décider.
Une halte bienfaitrice
Ses dimensions et son espace offrent une parenthèse dans ce dédale de ruelles idéale pour savourer un rafraîchissement bien mérité. Les bacari, ces petites osterie vénitiennes, se succèdent. C’est dans ces adresses que l’on comprend ce qu’est réellement le cicchetto : une bouchée, une conversation, un verre de vin blanc. Vous adoptez Venise, à moins que ce ne soit l’inverse.
Diverses institutions tiennent pignon comme le Caffè Rosso, avec sa façade rouge reconnaissable entre toutes. Les étudiants y débattent depuis des générations, comme pour nous signifier que ce quartier est bien celui des universités.
Le carrefour de vos visites
Paisible le jour, le lieu laisse place, à la nuit tombée, à la musique et aux animations des soirées. Le quartier est jeune et cela s’entend autant que ça se ressent. Son emplacement, légèrement en retrait des activités touristiques, demeure accessible par sa relative proximité avec la gare de Santa Lucia. N’oubliez pas, les ruelles escarpées offrent peu d’aller simple. Se perdre à Venise est un plaisir coupable.
L’heure est à la reprise de vos visites. Sur le côté occidental, n’oubliez pas d’aller voir les palais de style byzantin ou gothique. Après, c’est en fonction. Vous décidez de continuer votre parcours jusqu’à la pointe Della Dogana et dans ce cas, ne manquez pas d’admirer les collections du musée Guggenheim. Si vous repartez vers la gare, bifurquez vers l’église Santa Maria Gloriosa dei Frari. Un magnifique retable de Le Titien vous y attend, véritable carte postale mentale de ce doux moment.